Je n’ai pas l’instinct maternel

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Je n’ai pas l’instinct maternel. Mais n’appelle pas les services sociaux tout de suite, j’aime mes enfants plus que tout. Je donnerais ma vie et mon Iphone 6 pour eux. Mais je n’ai jamais eu cet instinct dont on parle trop souvent. À la naissance de mon premier bébé, je ne me sentais clairement pas encore mère de ce petit être un peu ridé, qui m’empêchait de dormir et me ruinait les nénés. J’ai mis plusieurs semaines à l’apprivoiser, et plusieurs mois pour l’aimer comme une dingue. Pour les suivants, c’est arrivé plus rapidement. J’ai construit un lien chaque jour un peu plus fort avec mes enfants, et c’est ce travail de construction qui me fait les connaitre sur le bout des ongles. Je les comprends même quand ils ne parlent pas,  je vois dans leur regard des choses que les autres ne voient pas et je suis capable de déterminer la cause et la gravité de chacun de leurs pleurs, à distance et tout en épluchant des pommes de terre. Mais ce n’est pas parce que j’ai un 6 ème sens, ou parce que les mères c’est comme ça ou je ne sais quel autre cliché prêt à l’emploi. Je les connais par coeur parce que je suis celle qui passe le plus de temps avec eux. Parce que c’est surtout moi qui me lève la nuit, parce que c’est surtout moi qui les habille le matin, parce que c’est toujours moi qui mets la main sous leur bouche pour les inciter à recracher le morceau de poulet bien trop gros quand on n’a que 4 dents…

Alors je m’interroge. Est ce que cette histoire d’instinct maternel ne relèverait-il pas de la fiction ? N’aurait-on pas construit cette notion d’instinct, ancrée depuis si longtemps dans l’imaginaire collectif, parce que c’est facile, parce que ça arrange tout le monde que la Mère sache comment fonctionne un bébé, parce que c’est son rôle, à la Mère, de s’occuper de son enfant, parce que c’est « naturel ? Et pourtant, lorsqu’on les écoute ces mères, ça ne l’est pas tant que ça. Combien d’entre nous ne s’est pas retournée lorsque la sage-femme nous demande si la maman va bien ( Je sais pas vous, mais moi, je pensais qu’elle parlait de ma mère à moi ! …) ? Combien d’entre nous n’a pas ressenti cet amour au premier regard, mais plutôt une trouille bleue de se dire que cette chose chaude et gluante de 3, 250 kg comptait maintenant sur nous et que faudra plus déconner ?

Alors je voulais juste te dire, jolie primipare, que si tu penses ne pas aimer assez ton bébé, c’est que tu l’aimes déjà suffisamment, que si tu ne te reconnais pas dans les posts instagram des mères qui allaitent avec une couronne de fleurs dans les cheveux tout en fixant l’horizon d’un air très engagé, c’est que tu es normale, et que le lien qui te liera  à tes petits pourra être assez fin au tout début, mais qu’il se renforcera de jour en jour, pour devenir une corde de compet’, celle qui te permettra de gravir l’Everest à une main, avec ton enfant dans l’autre, n’en doute jamais.

40 commentaires sur “Je n’ai pas l’instinct maternel

  1. +1.000, à 100% d’accord. Combien de fois j’ai culpabilisé parce que j’avais pas ressenti ce truc décrit par beaucoup (en plus avec un bébé que je n’ai vu qu’au bout de 2h). De me dire que je laissais trop le mari faire… Et pourtant, si c’était à refaire, je les referai ces 3 fiv, 5 transferts, 9 mois de grossesse merdique. Bref, merci!

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  2. SI seulement j’avais pu lire cela il y a 13 ans quand je pleurais comme une madeleine à la maison avec mon bébé tout neuf !! Merci d’écrire tout haut ce qu’on ne doit jamais dire !

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  3. Je n’aime pas ce terme d’instinct. Celui de lien maternel me paraît plus à propos. Ce lien est parfois ténu au départ et ce n’est qu’en faisant patiemment connaissance qu’il se renforce comme dans toute relation au final.
    C’est ainsi que j’ai vécu les choses : quand mon lutin est né il nous a fallu 2 jours pour commencer à se connaître et cela m’a paru le normal.

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  4. Je réclame une grande Une Pour cet article ! Bravo! Cela dit, je dois t’avouer que j’ai ressenti de l’amour tout de suite pour mes deux enfants.
    Dès que je les ai vus.
    Mais je comprends tout à fait qu’il faille plus de temps à certaines mères (et un iphone 6;-)
    En revanche, je n’aime pas jouer avec eux ni faire des activités du style dessin ou peinture. Ça me barbe. Je ne suis pas une mère très généreuse au final.
    Mais jeles aime plus que tout.
    Par contre, je n’aime pas jouer avec eux ou même faire di

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  5. Bon ben comme souvent, je suis entièrement d’accord avec toi ! Je suis persuadée qu’il n’y a pas d’instinct maternel, mais que c’est exactement ce que tu décris : une relation qui se crée et qui se fortifie au fil du temps, parce qu’on passe beaucoup de temps ensemble.
    Je suis persuadée également que cela ne vient pas du lien du sang, c’est-à-dire que je pense qu’on aime tout autant un enfant issu du don ou un enfant adopté. A la naissance de H. (par césarienne en plus), j’ai vu les choses ainsi : on m’a confié ce bébé, je vais essayer de m’en occuper au mieux, et ça aurait pu être n’importe quel bébé de la maternité cela aurait été pareil.
    Du coup, tu as raison aussi, j’ai l’impression que pour le deuxième cela vient plus vite, et je pense que c’est parce que l’on sait comment cela va être bientôt, les interactions, les câlins, les premiers « maman », les moments plus gratifiants quoi.
    Merci encore pour tes billets comme celui-ci ! 🙂

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  6. C’est drôle, je me suis fait cette réflexion pendant les vacances. Je ne me sens pas maman, comme certaines le disent alors qu’elles sont tout juste enceinte de quelques semaines. J’ai du dire le mot maman à mes bébés moins de 5 fois depuis leur naissance (je n’y arrive toujours pas). Et pourtant ils sont moi, je fais tout, chaque seconde pour eux et en pensant à leur bien être. Ca ne m’empêche pas d’avoir envie d’être sans eux parfois (aujourd’hui par exemple) parce que je suis crevée ou que j’ai envie de silence, mais je n’imagine plus une seconde ma vie sans ces deux petits hommes

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  7. Rholala. Cet article est MAGNIFIQUE ! Et tu soulèves un point auquel je n’avais pas vraiment réfléchi : en effet, cette histoire d’instinct maternel, ce serait pas encore un truc bullshit conçu par une société patriarcale ? Ce ne serait pas étonnant, vu la place qu’on laisse aux hommes dans la paternité (non mais, 11 jours calendaires de congé paternité, je ne m’en suis toujours pas remise).

    Pour ma part j’ai tout de suite ressenti beaucoup de choses pour ce petit lardon que je venais de pondre, et je me souviens avoir presque pleuré quand il a commencé à ouvrir ses yeux pour nous regarder dans les premières heures ^^ Mais, pendant les 2 mois qui ont suivi, je me souviens très nettement aussi que j’ai souvent eu les paroles de Coldplay dans la tête : « Nobody said it was easy, no one ever said it would be this hard… » Tu peux aimer mais être désemparée parce que c’est quand même l’inconnu tout ça !! Et puis, comme tu l’as dit, progressivement tu observes, tu apprends… et tu construis ce lien magique 🙂

    PS : j’ai A-do-ré l’image de la maman instagram qui allaite en regardant d’un air engagé xD

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  8. Merci pour ce très bel article, et je suis 100 % d’accord avec les commentaires précédents : tout ce qui permet de démystifier le légendaire amour maternel est important.
    Pour ma part j’ai immédiatement ressenti une forte responsabilité envers ma fille. J’étais incapable de lui dire « je t’aime  » mais « je serai toujours là pour toi », oui.
    Et comme toi le lien s’est construit plus rapidement avec les numéros 2 et 3, peut-être simplement parce que je me faisais plus confiance ? Je ne peux pas dire que j’ai aimé immédiatement viscéralement mon BB3, mais immédiatement et bien avant sa naissance je savais que j’allais l’aimer viscéralement…
    Quand à la remarque du mythe de l’amour maternel comme un outil de la société patriarcale, je partage aussi : je suis persuadée que si les hommes avaient immédiatement la responsabilité pleine et entière (et solitaire aussi…) de leur enfant ils créeraient beaucoup plus rapidement ce lien avec eux (et n’attendraient pas par exemple de pouvoir jouer au foot avec !)
    Whaou, c’est une belle rentrée que tu nous fais là 🙂

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  9. Merci pour ce bel article! Tu poses les mots sur ce que la récente primipare que je suis ne ressent pas le droit d’exprimer de peur d’être une « mauvaise mère ». Et la référence à Instragram m’a beaucoup fait rire surtout avec cette nouvelle mode de se prendre en photo avec sa poussette à la sortie de la maternité sautant en l’air. J’ai fixé ces photos en me demandant comment c’était possible moi je marchais en canard, des dreads pour cheveux, des cernes jusqu’aux genous et me demandant ce que signifiait le mot rouge à lèvres! Mais tellement fière de ce petit bout de nous. De mon côté le papa a pris ses responsabilités bien avant moi (le loulou a été en soin intensif et je n’ai pu les rejoindre que quelques longues heures après) et j’ai eu du mal à trouver ma place avec tous mes doutes et mes craintes devant ce papa déjà si « opérationnel » et aimant. Mais c’est bien eux deux qui m’ont aidé à la trouver. Alors merci pour ces quelques mots qui me font sentir normal!

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  10. Moi ça a été l’inverse… mon 1er, j’ai été maman de suite, je l’ai aimé au premier regard (ça n’empêche que j’étais empotée pour m’occuper de lui…). Le 2e, j’ai mis plus de temps. C’est son premier sourire qui m’a donné le déclic… Et pour les 2 derniers, cela fait 10 semaines et je commence tout juste à trouver ma place, à accepter qu’ils soient 2 et à avoir cet élan dans le coeur quand je les regarde. Je me dit que c’est le temps qu’il faut pour que la place dans mon coeur grossisse pour donner plus d’amour… et que c’est plus long parce qu’il faut 2 places de plus d’un coup!
    Donc l’instinct dans tout ça ??!!!

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      1. 4 garçons, je suis la fille qui t’a embêté pendant tes vacances avec ses états d’âmes et qui avait du mal a accepté d’avoir 4 enfants… (juste changé de pseudo…) ça commence à aller mieux au passage… je remonte au sommet de la vague! le temps, il n’y a que ça qui fasse effet…!

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  11. Merci beaucoup pour cet article qui je l’espère va décomplexer un peu les jeunes (et un peu moins jeunes…) mamans!
    Y’en a marre de ces images de familles et surtout de mères parfaites que l’on peut voir partout et en particulier sur Instagram, nous faisant penser que nous sommes des mères imparfaites parce qu’on n’est pas forcément super épanouie dans l’allaitement, parce qu’on n’a pas forcément ressenti tout de suite le même amour pour le second qu’on avait pu avoir pour le premier, parce qu’on n’a pas perdu ses kilos de grossesse 10 jours seulement après avoir pondu…
    Le lien d’attachement se crée jour après jour, et d’autant plus différemment et plus fort que chaque enfant a son propre caractère, sa façon d’être et nous oblige sans cesse à nous remettre en question. C’est çà qui est beau dans la maternité!
    On sera je pense des mamans complètes et épanouies quand on arrêtera d’essayer d’être des mères parfaites, ce qui passe forcément par le fait d’accepter le genre de constat que tu fais. Alors MERCI! 🙂

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  12. Très très bel article, qui vise juste. Pour mon premier enfant coup de foudre instantané… Je pensais que c’était forcément comme ça pour tout le monde. Puis j’ai compris que toutes n’avaient pas la même expérience, et quand est née ma deuxième, j’attendais une expérience similaire à la première et j’ai finalement eu besoin d’un temps plus long pour renforcer ce lien qui a fini (après de trop longs mois et beaucoup d’inquiétude) par devenir une corde. Comme tu le dis si joliment « si tu penses ne pas aimer assez ton bébé, c’est que tu l’aimes déjà suffisamment ». ❤

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  13. A mon sens l’instinct maternel existe mais ça n’est pas l’amour. C’est un lien animal qui fait que tu ne balance pas ton bébé par la fenêtre parce qu’il te réveille toute les nuits et que tu le nourris quand même en pleurant les seins pleins de crevasses.
    L’amour c’est plus humain, ça nécessite de se connaitre, de s’apprivoiser. Moi j’ai mis du temps aussi, Mais sans culpabilité car je savais bien que je n’étais pas de ces mères là qui vivent leur accouchement comme le plus beau jour de leur vie. Maintenant j’espère qu’un jour j’aurai le coup de foudre pour un bébé plein de sang et de liquide amniotique mais j’y crois pas trop.

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  14. Merci, merci, merci !
    Pour ça et pour ces mots.

    Ce qui est difficile je trouve, ce n’est pas tant les comptes Instagram de mères parfaites qui à mes yeux ne reflètent rien de la réalité, c’est plutôt lorsque quelqu’un de la famille, mère également, te fait croire que sa maternité et sa vie avec enfants est parfaite au plus haut point. Alors que c’est faux (bien sûr). Et que, comme tout le monde, elle a des jours avec et des jours sans. Hé bien non… quand toi tu as ton jour sans, on te rappelle gentiment (mais merdeusement quand même, faudrait pas trop déconner) que chez elle, les jours sans, ça n’existe pas. Et voilà. Dans ta face de mère ratée.

    Heureusement, il y a mon mari et mon fils pour me rappeler la super mère que je suis, et il y a tes articles, pour me le remettre sous les yeux.

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