Finie la bamboche

La bamboche, c’est terminé, mais pas le carnaval qu’a braillé la mère quand elle apprit que les mômes auraient le droit de venir déguisés à l’école. Là qu’on lui autorisait enfin un truc, elle allait pas passer à côté. Ni une ni deux, la voilà en train de retourner l’appart afin de trouver LA tenue parfaite pour sa progéniture. L’air déterminé de sa génitrice fit d’abord flipper l’ado qui a bien cru un moment qu’on l’obligerait à incarner la Reine des Neiges des 4eme C vu comme c’était parti cette affaire. La deuxième-née, 10 ans, a rapidement freiné les ardeurs de la mère. Laisse maman, c’est moi qui m’occupe de ma tenue de carnaval, c’est mon déguisement, mon corps, mon choix. 1 pour la môme, 0 pour la mère qui avait plus d’un tour dans son sac et deux enfants supplémentaires pour assouvir ses désirs de liberté durement arrachés. Pas de bol, le petit, 6 ans, refusa catégoriquement tout accessoire pouvant mettre en péril sa routine de reassurance quotidienne qui consiste principalement à ne jamais rien changer. Le môme porte ainsi les mêmes baskets depuis la moyenne section, celles en 29 alors qu’il fait depuis un bon 31. Juge pas meuf, chacun fait comme il peut. La mère comprit vite que le succès de l’opération reposait uniquement sur les épaules de la petite dernière qui choisit un déguisement de Wonder Woman parmi une vingtaine de robes de princesses. Faut dire que depuis le coup du pont de l’Alma, princesse comme métier, ça fait vachement moins rêver. Au même moment, t’as la 10 ans qui déboule dans la chambre habillée en pute. Si si. Total look cagole inspiration Mandelieu la Napoule et maquillage excessif, la mère se surprit un instant à jalouser sa fille sur sa maîtrise du rouge à lèvres. Alors Maman, tu me trouves comment en Ariana Grande ? Absolument ra-vi-ssante ma chérie, lui répondit la mère à qui il reste quelques bases d’éducation positive. 
Tu vois les mômes en fait, c’est comme l’anglais sur un CV, tu dis que tu maîtrises mais tu fais vachement moins la maligne quand faut pratiquer.
PS : Le 6 ans ayant réussi à s’ouvrir le menton pour la sixième fois consécutive fut déguisé, bien malgré lui, en gueule cassée.

La liste

Note que la môme a développé un goût pour les listes qui interroge évidemment sur sa non-capacité à lâcher-prise, mais cette liste-là, je vais la garder précieusement. Elle reflète précisément ce qu’est la vie d’une enfant de 10 ans option confinement. Une môme de 10 ans, ça passe sa vie sur un écran, mais ça lit aussi, t’angoisse pas Marie-Cystite, l’un n’empêche pas l’autre alors hydrate-toi. Une môme de 10 ans, ça joue à des trucs dont t’as jamais entendu parler. Et ouais, il est fini le temps où tu lui apprenais à jouer au batawaf ma grande. Respire, ça va bien se passer, y’a un moment où faut bien les lâcher. Moi ca y est, je m’y suis habituée. L’enfant fait sa petite vie et m’en fait part ce temps en temps, même si je me rends bien compte que c’est de moins en moins souvent. Même pas mal. Ça fait partie du job. Tu les as accrochés aux nichons jours et nuits et paf un matin, t’as rien compris, ça passe sa vie à faire des squishys. T’inquiète Josette, moi non plus je sais pas ce que c’est. On notera pour la forme que l’enfant n’a malheureusement pas mentionné de bosser son Bescherelle. C’était soit ça, soit trottinette et la môme sait l’importance de l’activité physique. 

Le coup de mou

Le voilà, le coup de mou qui revient chaque hiver aussi régulièrement que le mois Saveurs d’Italie chez Picard. Fatigue extrême, irritabilité et motivation sous le niveau de la mère. Pas de bol, de la motivation, il t’en faut un minimum pour élever 4 mômes sinon tu te fais bien chier. Ça marche aussi pour un môme unique mais reconnais quand même que tu limites les possibilités d’emmerdements. Et pas la peine de me sortir un mantra positif à la con que t’aurais lu dans un guide de développement personnel. J’emmerde le développement personnel. Voilà, comme ça t’as une idée de l’état d’esprit du moment. Le coup du variant anglais, ça a été la goutte d’eau. Même Jean-Louis le scénariste de Joséphine ange gardien il aurait pas osé un truc aussi éclaté. Pas crédible, trop gros, trop tordue comme idée, on oublie Jean-Louis. Tu l’auras compris, le coup de mou est cette année plus lourd que d’habitude, comme tonton quand il a un coup dans le nez. 
La mère essaie mollement de résister mais certains jours, c’est compliqué, certains jours, elle a envie de chialer. Et pourtant Dieu sait si son niveau d’exigence a considérablement baissé. Ce qui l’excite à mort désormais c’est de réussir à faire cuire correctement ses blancs de poulet. Imagine bien que c’est pas avec ça qu’elle va pimper son Linkedin. Alors elle attend, la mère, même si elle ne sait plus vraiment quoi exactement, peut-être qu’on lui donne l’envie, comme disait Johnny, parce que pour la vie d’avant, elle a bien compris qu’il allait falloir être patient.

Madame Cachetajoie

Ce fut une semaine qu’on qualifiera d’instable, à l’instar des humeurs de la mère. Ça a commencé dès lundi matin avec le sms de Mme Cachetajoie, l’instit des CP 4, sournoisement balancé à 8.32, prévenant de son absence du jour et recommandant si possible de garder l’élève, élève que la mère avait déposé à 8.30 puis rattrapé in extremis par la capuche à 8.33 afin de le ramener à la maison. Montagnes russes émotionnelles pour le môme, celui qui est hyper à l’aise sur le concept de racine carré mais beaucoup moins sur celui de l’imprévu. C’est souvent le cas pour les enfants « comme ça », m’a dit ma voisine, celle qui a fait 1 an de psycho à Nanterre. Bref, l’enfant fut un peu paumé, mais a vite su tirer profit de la situation. Sa journée serait entièrement consacrée à construire un truc géant sur Minecraft vu que ses parents, télé-travaillant, auraient autre chose à foutre que de s’en occuper. 
Jour 2, Mme Cachetajoie récidive. Re-texto a 8.32, re-rattrapage de capuche, re-Minecraft à volonté. La mère soupçonne très vite une faille personnelle chez Mme Cachetajoie, qui prendrait corps dans ce refus d’anticipation. Elle aussi a fait psycho à Nanterre. 
Le môme lui commence à trouver ça sympa. La mère beaucoup moins, surtout quand la petite dernière a décidé de brailler sévère en réalisant que son frère jumeau vivait sa meilleure vie en pyj à la maison pendant qu’elle devait de son côté se cogner l’ apprentissage du son oi et du riz pilaf.
Jour 3, tu me crois si tu veux, Mme Cachetajoie refait la même. Même texto, même timing, même galère. C’est maintenant une certitude, cette instit ne va pas bien, mais la mère décida pourtant de ne pas s’agacer. Elle préféra attendre les annonces officielles de Jean-Mi, prévues en jour 4, celles qui à coup sûr rebattraient à nouveau les cartes de son organisation familiale. Il faut toujours en garder sous le pied, lui disait mémé. La mère sait pertinemment que le combat se gagnerait sur la durée.

Retrospective

14 janv. Grève des transports, la mère s’essaie chaque matin aux nouveaux modes de déplacements urbains pour aller au bureau. Le nid de poule du boulevard Pereire lui fera abandonner le même jour la trottinette électrique et la dignité. 

23 fev. Numéro 3, aka Ragnar s’ouvre le menton pour la 5ème fois consécutive. La mère, forte de son expérience, essaya de recoller l’enfant à coup de strips miraculeux, de graines homéopathiques et de méthode Coué. En vain. 8 heures d’attentes aux urgences. 

18 mars. Première expérience de Home-Schooling. La mère, qui connaît ses limites, les atteint au 3ème jour. Elle en écrit un article sur le blog (lien en profil). L’article est lu par des dizaines de milliers de lecteurs. La mère est rassurée, elle n’est donc pas la seule à en chier. 

17 avril. Premier gros voyage en famille prévu en Floride. Putain de covid. La mère connaît par cœur toutes les bonnes adresses sur Rodeo Drive mais attend encore le remboursement des billets. C’est pas demain qu’elle fera la bitch à Miami.

10 mai. La mère signe un deuxième contrat d’édition. Joie, fierté, et flippe de la mort de ne pas réussir à écrire un truc correct. Ça passe un jour ?

5 juin. L’ado a 13 ans. La mère n’est pas prête et essaie de s’adapter tant bien que mal à cet individu aussi désagréable que de mauvaise foi. On va pas se le cacher, y’a des ratés. 

20 juillet. Départ en vacances. Quitter la Porte de Champerret après des mois en confinement procure à la mère une joie folle. Tu l’as pas vue dans cet état depuis le nouvel an 2003 à la Loco.

30 août. Les ravages de l’expérience home-schooling sont encore bien présents et la mère inscrit ses mômes à toutes les activités extra-scolaires proposées par la mairie pour ne pas les avoir dans les pattes à la rentrée. Depuis, ils ont fait d’énormes progrès en twirling bâton.

20 sept. La mère a survécu à la réunion de rentrée des CP 3, au serre-tête velours de Marie-Cystite, mais pas à l’intensité du groupe WhatsApp des parents d’élèves.

21 oct. La mère s’autorise un apéro de copines pour souffler un peu. Le seul, parce que faut bien vivre un peu bordel. Les 7 copines seront positives au covid 3 jours après. Pas la mère, qui se demande si elle n’aurait pas développé un super pouvoir depuis qu’on lui a recousu le périnée à vif. 

15 nov. Télétravail + mômes à l’école. La mère, cheveux approximatifs et teint de bidet, vit désormais en pyjama avec son chat sur les genoux. Elle commence même à y prendre goût. 

20 déc. La dernière-née annonce ce matin à la mère vouloir faire un erratum sur la totalité de sa liste au Père Noël. Elle a changé d’avis, elle ne veut plus du tout ca. La mère pensait pourtant avoir bien anticipé cette année, mais apparemment pas assez…

Guy et Michel

En cherchant le cahier rouge dans le fond du cartable, la mère trouva un tube de colle sans bouchon et un petit mot d’Alphonse qui s’interrogeait sur la faisabilité d’une histoire avec ma dernière-née. Tu ve ètre mon amoureuze ? Tout ça en police CP sans serif. Si t’en as pas en stock à la maison, sache que la police CP ressemble à celle d’un vieil oncle analphabète testé à 2 grammes, mais en plus mignon. C’est mignon mais c’est mort, balança la fille, aussi déterminée qu’une Miss France devant un test de QI. C’est mort, comme je l’ai déjà dit à Octave la semaine dernière et à Arthur la semaine d’avant. Note que le môme de 6 ans est chaud comme une baraque à frites. C’est mort parce que moi je vais vivre avec mon frère jumeau alors j’ai pas besoin d’amoureux. Le frère jumeau en question, celui qu’on surnomme Ragnar, rapport à la série Viking – ça te donne une idée du caractère de l’enfant – clôt le débat d’un définitif « de toutes façons, si L. trouve un amoureux, je lui pète toutes les dents ». Alphonse se fera donc éconduire demain matin, mais devrait s’en remettre plutôt bien vu qu’il a écrit le même courrier à Léa, Elisa, Lou et Marguerite. Note que le môme de 6 ans n’a rien contre le polyamour. Ça a fait marrer l’ado, qui de sa longue expérience a pu calculer que le bail c’est un ratio de 9 refus/10 demandes, donc autant multiplier les chances. La mère trouve qu’il est meilleur en maths quand il veut pécho que quand il doit bosser les nombres relatifs. La plus grande peur de la mère, quand elle a appris qu’elle attendait des jumeaux, c’etait qu’ils se suffisent à eux-mêmes, comme dans ce reportage qui avait hanté ses nuits, où Michel et Guy, jumeaux, vieux garçons et passionnés de puzzles, habitaient ensemble, à 54 ans, dans un T3 près de Vesoul. Je ne sais pas encore si mes jumeaux à moi auront un destin aussi tragique, mais dès demain, c’est décidé, finis les puzzles.

La puissance du seum

Un jour, une meuf qui avait du passer une mauvaise journée m’a écrit ce message délicieux « Votre bouquin est nul, je ne comprends pas pourquoi écrire qu’il faut donner des Curly aux enfants, c’est complètement con, et d’ailleurs pourquoi avoir fait 4 enfants si c’est pour vous plaindre tout le temps. Si vous n’arrivez pas à vous en occuper correctement, fallait pas en faire autant ». Délicieux, j’vous avais prévenu. Bref, Corinne était vénère. Corinne était surtout magistralement passée à côté du propos du bouquin, mais rappelons-nous qu’elle avait passé une mauvaise journée. Ne négligeons jamais la puissance du seum. Alors Coco, là que tu vas mieux, petit rappel des règles de la maternité :
– Des enfants, tu en fais autant que tu veux. 0, 1, 2 ou plus. C’est ton choix, c’est toi qui vois. 
– En vrai, t’en fais surtout autant que tu peux, tout le monde n’a pas le luxe d’avoir l’utérus performant de Marie-Cystite qui attend son sixième. 
– Tu te plains si ça te fait du bien. Tu as le droit de gueuler, de brailler, de râler, d’avoir la flemme, de regretter parfois d’être devenue mère, ça n’enlèvera JAMAIS le fait que tu aimes tes enfants éperdument, et pourtant dieu sait à quel point ils peuvent être chiants. 
– Enfin, personne n’a le droit de te dire que tu ne t’occupes pas de tes mômes correctement, On pourra te donner des conseils, t’aiguiller, te soutenir, t’orienter, mais jamais, JAMAIS personne ne doit te faire douter de tes capacités.
– Et évidemment, oui, tu peux donner des Curly aux enfants. 
#educationapproximative#CocoALeSeum

La reprise

Je t’avais laissé au 43 ème jour de confinement. Depuis, il s’est passé tout un tas de trucs à l’échelle du pays, beaucoup moins à mon échelle à moi on va pas se mentir. C’est que la fin du confinement n’a, dans les faits, eu que peu d’impact sur mon quotidien, vu que pouvoir faire à nouveau la queue chez Zara, ça me disait moyen. Donc depuis le 16 mars ici, les parents continuent de télétravailler, les enfants de home-schooler, et le chat de rien branler. La routine quoi. Mais bon, là que t’es là, je vais développer un peu, histoire que tu n’aies pas l’impression qu’on se foute de ta gueule. Et c’est bien normal. T’as déjà eu un peu le sentiment qu’on te prenait pour un jambon quand on t’a envoyé voter au premier tour, alors ça va bien cinq minutes.

L’école a réouvert ses portes. Ça, ça ressemblait foutrement à une bonne nouvelle ! Les Grandes Sections sont prioritaires. Deuxième bonne nouvelle, on en a justement deux à la maison ! Rien que l’idée de les déposer chaque matin dans leur classe respective provoquait chez la mère la même sensation de liberté que lorsqu’ elle a réalisé qu’on pouvait vivre sans soutien-gorge. Manque de bol, il n’y aurait pas de troisième bonne nouvelle. La mère n’a pas du bien comprendre ce que lui a dit Jean-Mi (Blanquer ndlr). Alors, tu peux penser que la mère est un peu idiote quand même, même pas foutue de comprendre les annonces ministérielles cette conne, mais tu notes que le mec joue grave sur les mots pour te la mettre bien à l’envers. C’est plus un ministre à ce stade, c’est un cadre commercial chez Cetelem le gars. Jean-Mi raconte donc en toute détente que 98 % des écoles sont désormais ouvertes et que l’objectif d’ici le mois de juin est d’arriver à 100 % MAIS, il ne dit pas qu’en fait, seuls 6 gamins seraient accueillis, sous forme de roulement, un SEUL putain de jour par semaine. C’est la maitresse qui le précisera à la mère le lendemain, douchant au passage tous ces espoirs de visio-conf avec l’équipe Com sans être interrompue plusieurs fois pour des raisons d’organisation prévisionnelle plus ou moins valables de sa descendance, avec un focus alimentaire assez prégnant à base de Maaaaaaaaaamaaaaaaaaaaaannnnnnnnnnnnnn, c’est quand le goûter (à 14.15) à Maaaaaaaaaaaaaamaaaaaaaaaaaaaaaa, c’est quand le dîner (à 17.15).

Pour nos Grandes Sections donc, l’accueil se fera le jeudi. Au début, évidemment, on a braillé un peu. Quoi, QUE le jeudi ????, mais c’est largement insuffisant !!!! La mère était colère. Et puis avec le temps et la prise de recul, elle a fini par se dire que c’était déjà pas si mal, et qu’il fallait savourer ce repos émotionnel hebdomadaire plutôt que de rager bêtement. La mère à l’aube de ses 42 ans se voit doter d’un réservoir de sagesse insoupçonné t’imagines pas. A 50 ans, elle tendra l’autre joue tout en proposant un Mars à son agresseur, ça fait pas un pli.

La veille, on avait donc bien briefé les jumeaux sur les conditions de reprise. Le pdf du protocole sanitaire mis en place par l’école Dany Brillant de Meudon fait 67 pages, autant te dire qu’on leur a fait un résumé. Après plusieurs années d’expérience, on s’est vite rendu compte que le temps de cerveau disponible d’un gamin de 6 ans n’excède pas 4 minutes, on s’est donc concentré sur l’essentiel : pas de câlin avec les copains ET vous aurez des Chips à la cantine.

Sur le papier, ça devait rouler impeccable, et puis il a fallu que le karma s’en mêle. La maîtresse adorée de numéro 3, celle pour qui il voue une admiration sans bornes depuis qu’elle l’a nommée « fournisseur officiel de l’heure en classe » et qu’il peut dégainer sa Flik-Flak dino avec une fierté indécente tous les quarts d’heure, cette maitresse-là donc, celle qui est la raison même du bien-être scolaire du fils modèle timide ascendant angoissé, nous annonce la veille au soir qu’elle serait absente ce jeudi et qu’elle sera remplacée par Madame Cachetajoie, modèle vielle école tendance rigoriste.

Dans ce genre de situation, il y a 2 options :

Soit tu préviens le môme en amont qu’il allait devoir composer avec Madame Cachetajoie, et tu t’exposes évidemment à un craquage nerveux en bonne et due forme de ton petit garçon pour qui le changement est aussi agréable qu’un frottis réalisé de nuit par un stagiaire de Norauto.

Soit tu ne lui dis rien, le môme s’en rendra bien compte tout seul jeudi matin et en profitera pour mettre en place une stratégie pour trouver en lui les ressources nécessaires pour gérer les situations d’angoisse.

La mère opte pour la première option – elle sait – digne héritière d’une lignée d’angoissés chroniques – à quel point les situations de stress peuvent être compliquées à gérer en frontal, surtout quand on a 6 ans. Over réaction du môme évidemment, grosses larmes de crocos, refus catégorique de se projeter dans une classe inconnue et tout le bordel. La mère se fait donc pourrir sa soirée de mercredi bien comme il faut, mais elle l’assume. No pain no gain est son mantra depuis qu’elle a accouché sans péri. L’ambiance sur le trajet de l’école du jeudi matin fût évidemment également totalement apocalyptique et c’est là que la mère a commencé à s’interroger sur la pertinence d’une reprise des cours pour un seul jour hebdo si c’était pour se faire chier comme ça.

Un peu angoissée par le déroulement de ce premier jour d’école, mais un peu soulagée de n’avoir pas eu à se cogner des lignes de consonnes en attachée quand même, la mère déboule donc à 16.30 précises pour récupérer ses derniers-nés. Est-ce que Madame Cachetajoie allait ruiner des années de coaching mental sur la nécessité d’aller à l’école ? Est-ce que les élèves ont été capables de suivre les consignes sanitaires, et SURTOUT, avaient-ils eu des Chips à la cantine ?

Je te rassure tout de suite, tout s’est extrêmement bien passé. Il s’avère même que Madame Cachetajoie est en fait « trop gentille » et que chips, il y a eu. Sur les consignes sanitaires, ils ont été plutôt au point. Pas de câlins, ils l’ont bien intégré. Mais l’erreur qu’on a faite – et la mère s’en est rendue compte dès 16.31 – c’est de n’avoir pas précisé « pas de baston » non plus. La mère a récupéré son môme – le mâle Alpha de la fratrie – avec une bonne partie de l’épiderme de l’épaule en moins, un genou ouvert, plusieurs pansements sur les coudes et une énorme bosse sur le crâne (crâne qui n’a d’ailleurs jamais retrouvé son oval naturel depuis son premier coin de table basse à 10 mois). Sa soeur jumelle explique alors que Zules (Oui, on a toujours un gros problème de ce coté là mais le premier rendez-vous orthophoniste que j’ai trouvé est prévu en octobre 2022) à fait la bagarre avec Jean-Mattéo, qu’il a gagné bien sûr, parce qu’il est super fort, mais qu’après Jean-Mattéo lui a fait un croche-pied et que là, Zules, il a volé tellement loin dans la cour qu’on aurait dit un zoizeau. La môme te balance tous ça avec des étoiles dans les yeux comme si elle te racontait le décollage de Space X. Elle a toujours considéré son frère jumeau comme un super-héros, c’est extrêmement mignon. L’atterrissage du zoizeau a du l’être beaucoup moins vu l’état général du môme à la sortie d’école. Tu notes que l’enfant laisse à sa soeur le soin de raconter l’origine de ses blessures de guerre, because the first rule of Fight Club is : you do not talk about Fight Club. L’enfant à néanmoins pris la parole pour justifier son énorme bosse sur le sommet du crâne : « je me suis cogné dans le robinet parce que la maitresse voulait qu’on se lave bien les mains ». La mère n’a pas su s’expliquer comment le gamin arrive à se cogner le haut de la tête en se lavant les mains, mais ça fait longtemps qu’elle a compris que parentalité et maîtrise de risque est aussi illusoire qu’une étude scientifique menée par Raoult. Alors effectivement, c’est pas sûr du tout qu’en l’état le môme passe au contrôle technique, mais le protocole sanitaire est sauf. Merci Jean-Mi.

Journal d’un confinement – J 43

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Veuillez excuser le rythme intermittent de ce journal de confinement, mais il faut dire que mon emploi du temps depuis 43 jours est rythmé par 3 repas quotidiens et un coup de fil à ma mère, imagine bien que ça laisse pas des masses de trucs dingues à raconter. C’est « Vis ma vie » en Ephad à la baraque,  mais avec un taux de survie bien meilleur pour le moment. La vérité les gars, c’est que je ne pensais pas y arriver. Enfermée H24 avec 4 mômes sans faire de décompensation psychotique pendant plus de 40 jours …  Sur ma vie jamais j’aurais cru ça possible. Ce confinement nous révèle décidément des forces insoupçonnées. La dernière fois,  c’était quand j’ai fait passer deux périmètres crâniens de 35 cm par voie basse à 4 minutes d’intervalle. La magie de l’être l’humain. On croit qu’on peut pas, mais en fait si.  Dommage que l’être humain soit également capable de faire la queue 4 heures en bagnole quand il apprend que le McDo de Moissy-Cramayel rouvre ses portes, ça gâche un peu le truc c’est vrai.
Lire la suite « Journal d’un confinement – J 43 »

Les mots de Camille

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Camille, médecin en cancérologie, m’a écrit une lettre ce matin. À mon tour de la partager avec toi ami lecteur, peut-être t’apportera t’elle, comme elle l’a fait pour moi,  un peu de douceur. Camille y raconte son confinement et ces petits bonheurs au quotidien et je trouve que ça fait vachement de bien. Merci tellement Camille, de m’avoir écrit ce matin, promis moi aussi, j’essaierai dès demain, de voir ce putain de verre à moitié plein…

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J’aime cette période, c’est un peu indécent de le dire.

J’aime la bienveillance de mes patientes, qui me disent avec les yeux brillants, au téléphone, en téléconsultation ou en face à face, pour celles qui avaient vraiment besoin d’être là, seules, dans un hôpital, au milieu de cette pandémie : « prenez soin de vous Docteur, on a vraiment besoin que vous continuiez à prendre soin de nous »

J’aime éduquer les soixantenaires chers à mon cœur aux règles des réseaux sociaux, mais toujours avec bienveillance (« la liberté dans un cadre »)

J’aime voir dès le matin les vélos accrochés devant mon institut avec leurs portes bébés, signe que les soignants (tous) n’ont pas attendu le début de la pandémie pour devenir des héros

J’aime la cuisine de chef Chaki qui nourrit (toujours plus) mes beaux enfants, ma belle-sœur infirmière de nuit qui passe prendre son petit plat en allant travailler et nous ramène des chocolatines en sortant, une bonne partie des médecins de Bergonié et depuis peu les sans-abris du centre de Bordeaux

J’aime l’initiative citoyenne qui permet de se poser la question « mais au fait d’habitude ils font comment les sans-abris pour manger ?» et d’avoir des vraies discussions avec les enfants parce qu’on a le temps de le faire

J’aime les personnages qui éclairent cette obscurité, Jean Jacques Goldman, Christophe André Gaël Giraud, Maelle Sigonneau, Agnès Labbé et Pierre Alain Lejeune (premier ministre !)

J’aime quand mon petit garçon me demande si nous on est des personnes ou des personnages

J’aime mettre mes robes d’été sans collants même si c’est pas la saison les jours où je fais du télétravail

J’aime dire haut et fort ce que je pense de la gestion de l’hôpital public (surtout quand on ne me demande pas mon avis)

J’aime rire, pouffer, glousser en lisant des messages WhatsApp (et écouter les enregistrements de rires de mes copines et glousser encore plus- de la magie!)

J’aime les équipes à l’hôpital qui se mettent en 4/ en 6/ en 8 pour pouvoir faire enfin aboutir des projets qu’on attendait depuis des mois/ des années

J’aime danser sur (Dr) Shakira sur la table

J’aime la prof de yoga/ ancienne maitresse de ma fille qui met en place des skype yoga qui permettent d’assister à des moments d’incroyable mignonnerie,

J’aime les prescriptions anti burn out pour les copines parce que quand même je suis femme (fan) de psychiatre

J’aime l’éducation approximative, le travail approximatif, la vie approximative , cette vie en « mode dégradé » que les mères de plusieurs enfants connaissent bien (cf 2 semaines après l’accouchement du 2ème enfant où si à la fin de la journée, tout le monde a été nourri et câliné, ça veut dire que le job est fait)

J’aime me faire des petits cadeaux à moi-même (parce que je l’ai bien mérité)

J’aime plier les draps, les nappes avec mon mari, le soir sur notre terrasse. Et puis être tellement heureux de passer un si long moment ensemble, tous les deux, à (presque) rien faire: décider de plier aussi ensemble les serviettes de toilette puis les torchons et les serviettes de table , et rire.

J’aime prendre et avoir des nouvelles des amis, de ma famille, sur le Whatsapp Grand-Père, de tous ceux qui sont loin et régler dans la même journée le problème du système juridique en Californie et le problème du covid en France, (et le cas de mon amie Laetitia) et rire

J’aime faire des apéros FaceTime et rire, beaucoup

J’aime regarder « Seul sur mars » (beaucoup trop tard) et « Maman j’ai raté l’avion » en famille, « Il était une fois l’homme », « les Simpsons », « des prêtres qui courent 10 km sur leur parking », « la messe » (2 fois dans la même matinée, juste pour entendre Etienne de Beaucorps dire « on a passé un coronavirage », et rire encore)

J’aime discuter et débattre (en direct ou par téléphone mais JAMAIS sur WhatsApp ou facebook combien de fois faudra t il vous le répéter) sur « la société va-t-elle changer durablement? Est-ce une bonne chose? Est-ce que la société a un cancer métastatique? (et rire encore)

J’aime regarder mes enfants regarder leur Mamina qui leur lit une histoire en vidéo (et savoir que d’autres enfants comme Gabrielle et Samuel écoutent Mamina leur raconter des histoires)

J’aime voir dans la même journée la bouille d’enfants à 10 000 km dans un sens et dans l’autre (quand on ne peut pas sortir à 1km de chez soi c’est un challenge!)

J’aime ces pépites de l’ombre qui font que ma vie est facile : mes assistantes, avec une mention spéciale pour celles qui n’ont pas le droit d’avoir peur pour elles-mêmes, qui font en sorte que je job soit fait (et vite et bien !) et qui surtout, seules dans leur bureau telles des Raiponce dans leur tour, veillent sur nous et nous font rire

Et aussi ma nounou qui n’a pas pensé une seule seconde à nous laisser en plan, qui supporte un niveau sonore digne d’un stade de foot avec nos quatre enfants de moins de 7 ans toute la journée, qui nous permet de vivre dans une maison en ordre et qui surtout fera en sorte que ma fille saura faire les additions avant les divisons et écrire «maintenant » avant d’avoir fini Harry Potter

J’aime prendre le temps de parler avec elles et rire

J’aime faire des blagues avec mes frères et rire

J’aime faire cette liste à la Prévert et réaliser toutes ces belles choses de ma vie en cette période si importante du temps liturgique où la lumière vainc les ténèbres définitivement et sans retour en arrière,  cette liste qui me fait réaliser que je suis tellement à ma place, à la maison ou à Bergonié, ici et maintenant

(Et me demander à quel moment du texte mon père aura versé sa petite larme… et rire encore)